L'église Saint-Gervais et Saint-Protais

L'histoire peu commune de l'Église Saint-Gervais et Saint-Protais à Cossé-le-Vivien

Eglise Saint-Gervais et Saint-Protais

Eglise Saint-Gervais et Saint-Protais

L'église Saint-Gervais et Saint-Protais a été construite pour remplacer l’ancienne, située sur la Place du Marché, qui était devenue trop petite et qui tombait en ruine.
Pour la construction de cette nouvelle église, la commune a fait appel à l’architecte diocésain du Mans M. LEMESLE (architecte qui détenait à l’époque le monopole des chantiers d’église).

Commencée en l’été 1868, l’église fut consacrée le 27 juillet 1877, les travaux ont duré 9 ans.

L’architecte prévoit une église de style roman (12ème siècle) pouvant contenir de 1 200 à 1 400 places.

Église de Cossé-le-Vivien, avec le clocher déconstruit

Église de Cossé-le-Vivien, avec le clocher déconstruit

25 ans plus tard, la pointe du clocher qui était située à 60 mètres du sol, s'est inclinée vers le choeur menacant de tomber sur l'église. La maçonnerie avait été exécutée sans soin avec du mauvais mortier.
La démolition fut décidée et exécutée en 1899. 

Cloche de Cossé-le-Vivien

Cloche de Cossé-le-Vivien

Les cloches furent installées en 1876 par Ernest BOLLÉE, fondeur au Mans et ont été baptisés cette même année.

1. « Abel-Amélie » (2 198 kg)

2. « Charles-Eugénie » (1 476 kg)

3. « Aimée-Louise » (1 051 kg)

4. « Jules-Aurore » (599 kg)

Elles ont été descendues du clocher en juin 1897. Ce même mois, on établissait le plan d’un beffroi « provisoire » sur le Champ de Foire.

La construction du beffroi : "un serpent de mer"

Premier beffroi construit en 1897

Premier beffroi construit en 1897

Le clocher est descendu : août 1897

Quelques erreurs dans l’élaboration du plan et surtout un manque de soins évident dans l’établissement des maçonneries font que 22 ans après, il fallut se résoudre à amputer l’édifice de son clocher et de sa flèche de pierre.

Après de nombreuses tensions avec l’administration, une solution fut enfin trouvée pour que le conseil municipal trouve la bonne solution technique et financière.

La structure qui portait les cloches fut d’abord descendue et installée dans une construction en bois en août 1897. Bien sûr, la situation ne devait être que provisoire. L’attente dura 79 ans.

La flèche qui surplombait le clocher ne disparut du paysage cosséen que le 28 décembre 1899, à l’aube du 20ème siècle.

Beffroi reconstruit en 1977

Beffroi reconstruit en 1977

La construction du nouveau beffroi : été 1977

En juin 1967, une violente tempête secoua notre commune et sonna le glas de cette carapace qui menaçait de s’écrouler.

Après un projet d’architecte qui ne reçut pas l’approbation du conseil municipal, ce dernier eut l’idée de demander aux Cosséens de proposer des idées et même des plans. Une proposition fut retenue.

Elle se heurta à l’opposition de l’ordre des architectes.

Dès lors, s’engagea un dialogue de sourds qui  déclencha la colère des élus comme en témoigne ce texte du bulletin communal du 30 août 1976 :

« La remise en état du beffroi a longtemps été comme le serpent de mer dont on parle et qui tombe dans l’oubli… Cette fois, le projet, nous l’avons … l’argent, nous l’avons aussi …

Pourquoi faut-il que ce soit l’Administration qui s’oppose à l’exécution ? Le permis de construire a été accordé… »

Après de nombreuses palabres qui ne donnèrent rien, le malentendu subsistait et rien ne permettait une évolution favorable.

C’est la menace d’une démission collective du conseil municipal qui conduisit l’administration à donner finalement son accord et au cours de l’été 1977, ce nouveau beffroi fut construit.

Qui sont Saint-Gervais et Saint-Protais ?

Représentés à trois reprises dans notre église de Cossé-le-Vivien (vitraux, peintures et sculpture dans le chœur de l’église), Gervais et Protais en sont les saints patrons. La tradition chrétienne nous raconte que ce sont deux frères jumeaux, martyrisés à Milan durant la persécution de Néron en l’an 64 : ils ont été flagellés avec des lanières plombées, puis décapités. Sur la fresque du chœur, représentés agenouillés de part et d’autre du Christ, St Gervais et St Protais portent les instruments de leur supplice, en plus de la palme des martyrs : St Gervais tient une sorte de fouet plombé à plusieurs brins, et St Protais s’appuie sur une hache.

En 383, Saint Ambroise, évêque de Milan, exhume leurs corps après avoir fait un songe qui lui a miraculeusement révélé l’emplacement de leur sépulture. Ces corps seront déposés dans une basilique nouvellement construite, où Saint Ambroise sera lui-même inhumé à leurs côtés en 397. Ils sont les saints patrons de la ville de Milan.

En 1164, lors du sac de Milan par Frédéric Barberousse, leurs ossements sont transférés à Breisach (Allemagne), où ils sont conservés dans une châsse d’argent.

Leur culte s’est répandu très tôt en France, dès le 6ème siècle. C’est à cette époque que Saint Victeur, évêque du Mans, fait venir en sa ville épiscopale des reliques des deux saints. Saint Innocent, son successeur, placera la cathédrale du Mans tout juste reconstruite sous leur patronage. Plus tard, la cathédrale du Mans sera consacrée à Saint Julien, 1er évêque de ce diocèse. La majeure partie de la Mayenne a fait partie du Diocèse du Mans jusqu’au 30 juin 1855, date de la création du Diocèse de Laval, ce qui explique que 11 églises de la Mayenne, y compris Cossé-le-Vivien, ont été placées sous le patronage des Saints Gervais & Protais.

Les églises à Cossé-le-Vivien au cours des temps

Première église à Bapaume

La chronique nous apprend qu’une première église fut construite à Bapaume et bénie par Saint Pavace, évêque du Mans (fin du 4ème siècle)

Commentaire de Pierre BLONDEAU : « ...ne faudrait-il pas entendre plutôt que la construction d’un bâtiment, l’établissement de la première communauté formée par les chrétiens de Cossé ? … la nécessité de bâtir un lieu de culte ne se faisait sentir que lorsque le nombre des conversions était devenu important »

On sait cependant que les toutes premières églises étaient en bois et torchis, terre glaise et paille et qu’elles disparurent très vite.

Une église en pierre à Bapaume  

Elle ne fut probablement construite qu’au 11ème voire au 12ème siècle. Sans doute, au cours des temps, subit-elle des transformations, remaniée ou même reconstruite.

L’abbé DAVOST, curé de Cossé-le-Vivien, le stipule : « Une partie de l’ancienne église subsistait encore il y a 7 ou 8 ans (ce serait alors vers 1832-1833), je l’ai vu détruire… Elle n’avait rien de remarquable, rien de digne d’intérêt… Jusqu’à la révolution de 1790, elle avait été conservée comme chapelle : il paraît que c’était le chœur de l’ancienne église... elle ne remontait pas plus que la fin du 16ème siècle. »

Pierre BLONDEAU rajoute : « On peut penser qu’à cette époque du 15ème siècle, notre ancienne église fut démolie. Remplacée dans sa fonction paroissiale par celle du prieuré, plus grande, on ne reconstruisit… qu’une simple chapelle, celle que l’abbé DAVOST a vu démolir vers 1833. »

Église ancienne – Place du Marché

En réalité, c’est l’église de l’abbaye qui devint l’église de la paroisse. Il suffit de lire le curé DAVOST :

« Une abbaye fut établie vers le sud-ouest du bourg de Cossé… Cette communauté devint nombreuse et florissante car le supérieur eut le titre d’abbé… l’abbaye prit de bonne heure une autorité sur les habitants et pendant longtemps, il n’y eut pas d’autre curé que l’abbé. Les moines gouvernèrent ainsi la paroisse jusqu’au concile de Trente » (1545-1563)

L’abbaye disparut et après le départ des moines, la paroisse fut confiée à un curé qui porta longtemps le nom de prieur.

« Il fut convenu que l’église de la communauté qui était plus grande que celle de Bapaume, autrefois église paroissiale servirait désormais pour l’église paroissiale... Selon toute apparence, cette antique église de l’abbaye n’existe plus… il paraît qu’elle fut rebâtie ou considérablement transformée dans le seizième siècle. »

Ancienne église de Cossé-le-Vivien - Extrait du livre "Pour l'histoire de Cossé-le-Vivien" de Pierre BLONDEAU

Ancienne église de Cossé-le-Vivien - Extrait du livre "Pour l'histoire de Cossé-le-Vivien" de Pierre BLONDEAU

Que peut-on dire de cette église qui fut démolie en 1874 ?

Là encore, référons-nous une dernière fois à la chronique du curé DAVOST :

« Depuis la Révolution, on y a fait de grandes réparations et aujourd’hui (nous sommes vers 1840), il n’y a pas d’autres moyens à prendre que de l’abattre pour en construire une nouvelle mais pour réaliser ce projet, deux choses importantes manquent : le terrain où bâtir et les fonds nécessaires …, il faut donc se résigner encore pour longtemps, à se contenter d’une église trop petite, beaucoup trop basse, écrasée par une immense et informe tribune avec une charpente peu solide et un clocher bossu. »

Cette église fut donc démolie en 1874, peu après que la nouvelle église commencée en 1868 soit ouverte au culte le 27 juillet 1873.

Le patrimoine ornemental et liturgique de l'église Saint-Gervais et Saint-Protais

Le chœur de l'église Saint-Gervais et Saint-Protais

Le chœur de l'église Saint-Gervais et Saint-Protais

La chaire réalisé par A. Cottereau

La chaire réalisé par A. Cottereau

Un pilier représentant la nature réalisé par L. Blusseau

Un pilier représentant la nature réalisé par L. Blusseau

Un pilier représentant

Un pilier représentant "la Chasse à l'ours" réalisé par L. Blusseau

Sculpture à l'entrée de l'église

Sculpture à l'entrée de l'église "La descente de croix" de J. L'Hommeau

Sculpture à l'entrée de l'église

Sculpture à l'entrée de l'église "Le baptême de Jésus" de J. L'Hommeau

L'orgue

L'orgue

Vitrail représentant Saint-Gervais

Vitrail représentant Saint-Gervais

Vitrail représentant Saint-Protais

Vitrail représentant Saint-Protais

Le chœur de l'église Saint-Gervais et Saint-Protais
La chaire réalisé par A. Cottereau
Un pilier représentant la nature réalisé par L. Blusseau
Un pilier représentant
Sculpture à l'entrée de l'église
Sculpture à l'entrée de l'église
L'orgue
Vitrail représentant Saint-Gervais
Vitrail représentant Saint-Protais

L’intérieur de l’église est grandiose avec ses trois nefs, son immense transept, ses sommets de colonnes, ses arcatures multiples et la richesse de ses sculptures majoritairement éxecutées par Léon BLUSSEAU, enfant de la paroisse.

Qui est Léon BLUSSEAU ? 

Léon BLUSSEAU est né à Simplé, le 9 mai 1839. Son père, Louis BLUSSEAU était sabotier et sa mère, Jeanne PLANCHENAULT, ouvrière en robes. La famille est venue habiter Cossé-le-Vivien, dans la rue de La Tannerie (recensement de 1846). A l’âge de 17 ans, Léon est bourrelier. Il quitte Cossé-le-Vivien et est mentionné comme sculpteur au recensement de 1872. Si l’on se réfère aux reçus de paiement de son travail, il s’est consacré à cette tâche jusqu’à la date de son décès survenu le 9 avril 1880.

Documents comptables sculptures et vitraux (Archives diocésaines de Laval)

Premier reçu : 22 avril 1872

« Reçu de Abel Morin, curé de Cossé-le-Vivien la somme de 300 F pour sculpture des clés de voûte de la nouvelle église » – Signé Léon Blusseau

Dernier reçu : 7 mars 1881 - Il est envoyé par son frère

« Nous soussigné, Isidore Blusseau, frère de Léon Blusseau, avons eu connaissance que notre frère a reçu de la part de M. le doyen de Cossé-le-Vivien, la somme de 3 160 F pour les travaux de la chaire... »

Il a réalisé plus de 300 sculptures sur l’ensemble de l’église. On peut penser que le sculpteur a travaillé de concert avec une équipe de spécialistes de l’art sacré car, à l’évidence, on constate que les pierres sculptées apparaissent souvent en miroir selon des thèmes bien précis :

  • les deux tympans des petites portes qui encadrent la porte principale évoquent la liturgie de l’eucharistie : le vin et le pain ; 
  • les deux chapiteaux des deux premiers piliers de la nef présentent des formes étranges qui évoquent des chimères ; 
  • les deux sculptures en ronde-bosse à l’entrée de l’église font référence, à l’est, au baptême de Jésus et à l’ouest, à la descente de la croix ;
  • au niveau de la chaire, deux scènes se font face : à l’est, les clous et la couronne d’épines et à l’ouest, autour de la cuve de la chaire, des scènes qui évoquent des épisodes du début de la vie publique de Jésus. On pourrait donner d’autres exemples dans l’église.

On peut terminer par une citation de Pierre BLONDEAU, historien de Cossé-le-Vivien :

 « Son œuvre est remarquable par la qualité du travail, la finesse de l’exécution et la variété des motifs. Pas un chapiteau, même ceux du triforium n’est identique ; on peut en compter plus de 300 sur l’ensemble de l’église. »

Sources d'informations : 

  • "Chronique de la Paroisse de Cossé-le-Vivien", curé de Cossé-le-Vivien de 1822 à 1843 - N° 13, 14, 16 et 20 
  • "Recherches Etudes Compilations de textes pour l’Histoire de Cossé-le-Vivien" de Pierre BLONDEAU – Volume 1